De notre correspondante zagreboise...
Petit coup de geule depuis Zagreb ou je suis depuis juillet. Apres avoir fait un stage au service culturel de l'Ambassade de France, j'y fait un magistere pluridisciplinaire franco-croate (Assasso-Zagrebois) "Etudes europeennes", tout en apprenant le croate.
Voici les quelques images de notre très chère Sorbonne, passée sous la coupe des soi-disant étudiants anti-CPE...
Hier encore, la Sorbonne était envahie, des tables et des chaises balancées du haut des fenêtres, des livres arrachés, des salles taguées, des CRS matraqués et blessés à coups de pierres et de pavés...
"Elle va bien mal la France" se dit-on de l'étranger alors que presque chaque jour la France fait la triste UNE de bien trop de journaux, etalant aux yeux du monde "ses révoltes des banlieues", "ses révoltes des étudiants", "ses grèves"... Au point qu'on en vient presque a se surprendre poussant un soupir de soulagement : qu'il fait bon etre sous d'autres tropiques, qu'il fait bon regarder cela de loin, de Cirus : comme regarder des verres de terre s'agiter dans un bocal... Au point qu'on en vient presque à se sentir mal à l'aise d'être français, a se sentir un peu honteux... Cette nation de la révolution, fière des principes dont elle est a l'origine et qu'elle a insufflue de par le monde... Cette nation qui ne semble cependant avoir retenu des droits de l'homme que le droit de lancer des pavés et de contester, le droit de critiquer, en ayant perdu tout sens critique, toute mesure des choses, et tout sens du dialogue, ceux la meme qui en ont fait un modèle européen il y a qq années de cela...
Il n'est que de regarder ces images à la télévision pour rester béat de stupeur... La place de la Sorbonne, dont vous êtes peut-être des habitués, comme moi : défigurée. Les librairies prennent feu, les vitres des cafés volent en éclat, les pavés gisent en pagaille par terre, les voitures, boulevard Saint-michel, sont incendiées...
Quelle mouche les a piqués ? Le CPE ? Vous n'êtes pas sérieux quand-meme ?
Moi je voudrais dire que je trouve cette jeunesse bien triste, et bien bête aussi, elle qui soit-disant se bat pour son avenir. Des parfums de Mai 68 flottent dans l'air... certes, mais ces nouveaux parfumeurs de la capitale n'ont retenu de leur aînés que les fragrances les plus amers, sans la joie de vivre, l'exhubérance, la volonté et la ténacité de la jeunesse de mai 68. Des brumes d'angoisse et de reproches ont recouvert le monde étudiant d'aujourd'hui.
C'est triste. Triste de voir ces jeunes n'avoir à la bouche que les mots de fragilité sociale, de précarité, de tromperie, de reproches d'un soi-disant manque de confiance en la jeunesse... alors que la jeunesse de 68 n'avait sur les lèvres que des idéaux de paix, d'amour, d'égalité. Qu'ils ne rêvaient que de conquérir le monde et de se donner pleinement les moyens d'accomplir leurs rêves... au prix de quelque effort que ce soit.
La jeunesse française ne sait plus que lancer des pavés et se mettre en grève : voila l'echo pale de ces greves qui se repercute a l'etranger. Hé bien c'est vraiment triste. Triste et décevant. Aucune proposition, aucun dialogue. Certes, ils ont raison de reagir a cette situation intenable. Certes ils ont raison d'être exigents : "On ne veut pas du moins pire mais du mieux". Mais personne n'a LA solution parfaite, alors essayons ! Et au lieu de défiler dans les rues, de dépenser votre énergie et l'argent de l'Etat (donc le notre) en fumée, de mettre en l'air votre scolarité par des semestres perdus, bossez, travaillez, montez vos entreprises pour finir par créer vous même de l'emploi ! La phrase est provocante, mais l'idee y est.
Alors oui, la situation de l'emploi est beaucoup plus difficile qu'avant. Oui, les entreprises embauchent moins qu'auparavant ; oui il faut faire quelquechose et se mobiliser. Ca c'est sur, et on est tous d'accord, ça peut pas continuer comme ça. Mais si les barricades s'élèvent à chaque proposition qui ne correspond pas à : "dans le mois qui suit la fin de ton diplome, je te garantie d'avoir un emploi", alors la France se condamne à vivre dans un blocus et dans un affrontement éternels entre pouvoir et étudiants, entre pouvoir et travailleurs, entre pouvoir et administrations, entre pouvoir et francais... et à une vision bien négative de la jeunesse et de notre pays...
Et qu'on me dise ce que les lycéens de 15 à 17 ans connaissent de la précarité de l'emploi ? Quand ils auront des bac +4 ou +5 et qu'ils se verront refuser des emplois pour cause de "sur-qualification", quand ils courront de stage en stage non rémunérés, quand ils se verront refuser des postes pour soi-disant "manque d'expérience" ou pour surqualification, quand il verront arriver la fin du mois avec leur loyer à payer... alors là, oui, on pourra discuter à part égal, et peut-être qu'ils se rendront compte qu'un emploi, même insécurisé, est toujours un emploi, qu'un licenciement est aussi couteux pour l'entreprise que pour l'employé, que l'employé a tous les droits de partir du jour au lendemain alors que l'entreprise doit respecter les lourdes règles du droit du travail, qu'un licenciement n'est jamais un coup d'humeur du patron après la défaite de son équipe de foot préférée, "sans motifs", qu'un stage de 9 mois non-remunere est quelquechose de difficile a vivre tous les jours, aussi bien moralement que physiquement...
Et c'est évident que plus on instille de mesures de soi-disante "sécurité" sociale, plus cela cloisonne la société et enrichit les même couches sociales et surtout empêche les jeunes, chômeurs et publics défavorisés de s'en sortir... Alors cessons cette stupide division entre patrons et impétrants sur le monde de l'emploi. Les grosses entreprises qui licencient en nombre du jour au lendemain pour raison économique ne représentent qu'un pourcentage minime des entreprises en France. La plupart ne creent pas d'emploi du fait des trop lourdes protections qui composent actuellement le code du travail francais.
Regardons l'Angleterre ou les pays nordiques : on peut certes être viré du jour au lendemain, mais on peut aussi trouver un boulot du jour au lendemain et en changer autant qu'on veut, dans des domaines bcp plus divers que chez nous, parce que les entreprises n'ont pas ce carcan imposé par le droit du travail en France qui fait qu'un licenciement nécessite 18 mois pour arriver à son terme, et que les patrons n'embauchent plus du tout, par crainte de se voir "enfermer" dans un système trop rigide.
Voilà pourquoi beaucoup de jeunes partent à l'étranger : parce que là-bas leurs formations sont plus reconnues et que l'embauche y est plus facile. Voilà pourquoi il faut faire quelque chose avant que la France devienne une terre délaissée par les jeunes diplômés. Voilà pourquoi il faut arrêter de politiser ce débat et d'être contre toute mesure parce qu'elle est de droite ou parce qu'elle est de gauche. C'est une attitude trop simplette pour un problème aussi grave que celui de l'avenir de la jeunesse en France.
Alors donner plus de liberté de licenciement aux entrepreneurs ne va pas augmenter les licenciements. Au contraire. Ils se sentiront plus libres de creer des postes. Et quel est l'intérêt d'un entrepreneur d'embaucher et de donner une formation à un jeune (au bout de un mois alors que pour un CDI classique c'est au bout de 3 mois) si c'est pour le virer 6 mois plus tard ? Quel est son interet de mobiliser des equipes de parfois 10 personnes autour d'un recrutement et d'une formation si c'est pour se separer de sa nouvelle recrue qu'il a lui-meme choisi ? AUCUN.
Et cette souplesse est au contraire la chance de notre époque et de nos générations : je peux me lever, aujourd'hui, du haut de mes 24 ans, sans me dire chaque matin que tous les jours de ma vie de cotisante, je ferais le même boulot, chaque jour, pendant 50 ans.
Alors, c'est vrai, il faut se donner du mal. C'est vrai, il faut avoir de l'énergie à revendre. C'est vrai, il faut toujours se battre pour faire valoir ses compétences, pour enfoncer les portes. Mais on n'a rien sans rien, et la situation économique et démographique font qu'il n'y a pas d'autres solutions. Alors bossons plutot que de descendre dans les rues. Qu'on me dise qui a envie de s'occuper de ces jeunes dont le seul instrument de dialogue sont les pavés et les barricades, qui restent butés dans leurs positions en scandant qu'il faut retirer le CPE, sans négociations préalables ? Qui n'acceptent pas les essais, les tentatives, les propositions... Comment peuvent-ils être ouverts sur l'avenir quand ils se crispent sur un contrat d'embauche dont, si cela ce trouve, ils ne bénéficieront pas, qui vient s'ajouter à d'autres contrats déjà existants sans les remplacer, et qui est une chance d'emploi, pour une jeunesse qui ne réclame que ça... Autant vous dire que ca rigole de l'autre cote des frontieres... Et on passe pour des ramassis de gigolo, fideles a leur reputation de raleurs et de fouilleurs de poubelles des deux cotes de la rue, droite et gauche... Pas très productif...
Alors d'accord, une periode d'essai de 2 ans, c'est trop long. D'accord, les methodes "a la hussarde" ne sont pas des plus diplomatiques. Mais c'est quand-meme dingue que des jeunes en vienne a manifester pour avoir le DROIT de suivre les cours qu'on leur propose, parce que leurs amphis sont bloques ??
C'est un peu comme si dans la grande entreprise de la société, ces jeunes s'asseyaient à leur bureau en tapant du pied et en balancant tout ce qu'on leur offre et tout ce qu'ils ont sous la main pour marquer leur mécontentement. Et bien là, oui, le grand patron va virer ces enfants capricieux, dont personne ne veut. Les responsables politiques rechignent déjà à toucher à ce domaine sensible. Alors il faut arrêter de contester pour contester, parce que ça fait bien, et proposer des solutions ou accepter celles qu'on nous propose. Ou au moins accepter le dialogue.
C'est trop facile de critiquer sans proposer. Il vaut mieux essayer. Et si ça ne marche pas, on arrête.
Mais on essaie d'abord, ensemble. On critique ensuite.
Diane



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